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«Les ouvriers de la construction sont sous pression»

posté le 02 juillet 2016 | Auteur: Vincent Michoud | Voir l'article complet

Les attaques néo-libérales contre les acquis ouvriers du bâtiment sociaux se multiplient. Le syndicat Unia appelle les ouvriers à se rassembler afin de manifester contre la détérioration du système de retraite.

Pietro Carrobio. © Vanina MoreillonPietro Carrobio. © Vanina Moreillon

Au service des ouvriers du bâtiment depuis presque vingt ans, Pietro Carobbio constate que les acquis sociaux sont plus que jamais en danger. Détérioration du système de retraite, augmentation du travail au noir ou allongement de la journée de travail: le secrétaire régional et responsable du secteur construction et génie civil d’Unia Vaud plaide pour une meilleure ré- partition des richesses. Une condition sine qua non pour garantir des conditions de travail acceptables dans le monde de la construction.

 

FOCUS PME Les acquis sociaux sont-ils en danger?
PIETRO CAROBBIO Au niveau international, un certain nombre d’acquis sociaux sont en effet remis en cause par la politique néo-libérale actuelle. Je pense, par exemple, à l’attaque sur les retraites ou au Code du travail en France. Et la Suisse n’est pas épargnée! En 2002, par exemple, nous avons obtenu la retraite à 60 ans dans le secteur de la construction. Une avancée sociale consolidée l’année passée par un accord entre syndicats et employeurs, mais qui est désormais remise en cause par certains parlementaires cherchant à imposer une automaticité de l’augmentation de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans en cas de difficultés financières de l’AVS. Nous ne pouvons l’accepter, compte tenu de la pénibilité du travail dans les métiers de la construction. Nous organiserons donc une manifestation le 10 septembre prochain pour dénoncer cette proposition faite par la commission de la sécurité sociale du National et contre la détérioration du système des retraites dans son ensemble.

 

La nature de votre travail a-t-elle changé ces dernières années?
Nous constatons d’une part, l’évolution négative du système avec l’introduction des emplois temporaires, le développement de la sous-traitance sauvage ou le dumping salarial qui rendent le marché du travail plus précaire, et de l’autre, notre action qui ne cesse de se complexifier. S’il y a trente ans, on réglait souvent un problème par un coup de fil, aujourd’hui, nous devons lancer des procédures, avoir recours aux tribunaux ou à des blocages de chantiers pour obtenir satisfaction. L’organisation d’un chantier s’est également complexifiée. Il y a beaucoup de couches, d’entreprises différentes, de statuts d’employés, de sous-traitants et même de sous-traitants de sous-traitants. Nous tentons donc de créer une unité parmi ces intervenants, tout en faisant appliquer la convention collective en vigueur.

 

Constatez-vous une augmentation du travail au noir?
Oui, et sa nature a changé. Si, auparavant, on parlait plus d’un ouvrier qui donne un coup de main le samedi à un ami, aujourd’hui, c’est devenu une véritable façon de faire du business, qui crée une spirale très dangereuse: il y a des entreprises qui utilisent des sous-traitants et cassent les prix en engageant des travailleurs au noir et forcent ainsi les autres sociétés à faire de même pour s’aligner sur les prix. Beaucoup de PME sont mises sous pression par cette concurrence déloyale. Dernièrement, nous nous sommes par exemple battus, en vain, aux côtés de la Fédération vaudoise des entrepreneurs contre la révision d’un article de l’AVS (136 RAVS) qui vient d’entrer en vigueur au 1er juin 2016. Il stipule qu’une entreprise peut déclarer son employé à partir du 1er janvier de l’année suivante de son engagement. Avec ce système, on va droit dans le mur! Il favorise le travail au noir, nous empêche d’effectuer des contrôles efficaces et pénalise les ouvriers.

 

La responsabilité solidaire d’une entreprise envers ses sous-traitants n’est-elle pas suffisante pour combattre ce fléau?

C’est un premier pas, mais il faudrait encore prévoir des peines suffisamment dissuasives! D’une manière générale, c’est souvent les mêmes acteurs qui pratiquent la même politique sur le marché: des entrepreneurs peu scrupuleux qui engagent au noir, retirent le cash, se mettent en faillite et ouvrent peu de temps après une autre entreprise basée sur le même modèle. Il faut donc rapidement réviser la loi sur les faillites et aller plus loin que les propositions actuelles du Conseil fédéral, en interdisant les faillites à la chaîne.

 

Vous avez distribué plus de 4500 car-tes professionnelles dans le canton de Vaud pour lutter contre le travail au noir. Ce système est-il efficace?

Le chemin est long, mais la première étape est concluante. La commission paritaire délivre actuellement une carte à tous les employés des entreprises membres de la FVE qui répondent aux critères de la CCT et qui sont, ensuite contrôlées, sur le terrain par les inspecteurs de chantier et les partenaires sociaux (CPP). La deuxième phase consistera à attribuer ses cartes également à tous les sous-traitants. Il faudra ensuite globaliser le système au niveau suisse, selon les prérequis établis dans le canton de Vaud. Une carte professionnelle n’est pas un chèque en blanc, mais doit être une garantie de respect des CCT et de la législation sociale. Pour cette raison, il faut des contrôles. Sans ces conditions la carte ne sert à rien.

 

Compte tenu des avancées technologiques, pensez-vous que la condition des ouvriers va s’améliorer?
On constate que les conditions de travail chez les sous-traitants continuent à se détériorer. Si la pénibilité du travail par rapport aux charges s’est améliorée grâce la mécanisation, les délais de construction sont par contre toujours plus courts. Les ouvriers sont de plus en plus sous pression avec des journées qui s’allongent. Un maximum de huit heures de travail par jour sur un chantier me paraîtrait plus que raisonnable. 

 


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