Recherche

«Chacun tend à devenir son propre entrepreneur»

posté le 03 juillet 2016 | Auteur: Vincent Michoud | Voir l'article complet

L’innovation disruptive fait l’objet d’un nouveau cours à la HEG Fribourg. Le professeur Jean-Marie Ayer explique comment ces ruptures techno- logiques transforment les modèles d’affaires existants.

« La numérisation de la société ne cesse de s'accélérer. » Jean-Marie Ayer, professeur à la HEG Fribourg. © DR« La numérisation de la société ne cesse de s'accélérer. » Jean-Marie Ayer, professeur à la HEG Fribourg. © DR

Les ruptures technologiques, il connaît! Quand Jean-Marie Ayer fonde Dartfish en 2000 à Fribourg, la start-up est pratiquement seule sur le marché de l’analyse et du développement de contenus vidéo sportifs. Depuis, les avancées technologiques et la baisse du prix des ordinateurs a bouleversé le secteur: les concurrents se multiplient et les utilisateurs exigent toujours plus de confort ergonomique et d’adaptation aux nouveaux trends technologiques. Fort de cette expérience, le pro- fesseur à la HEG Fribourg et responsable de l’Innovation Lab Fribourg animera un cours consacré à l’innovation disruptive dès septembre 2016, avec des intervenants ayant une large expérience du domaine. Une formation de 18 jours étalés sur six mois, destinée aux dirigeants de PME qui souhaitent développer leur propre projet et qui comprendra un voyage d’étude à San Francisco et à Boston aux Etats-Unis.

 

FOCUS PME Qu’est-ce que l’innovation de rupture?
JEAN-MARIE AYER C’est l’innovation qui risque de transformer un modèle d’affaires existant et donc de changer fondamentalement une industrie ou une entreprise. Par exemple, le service de chauffeurs privés Uber ou le principe de location d’appartements AirBnB représentent de nouveaux concurrents qui forcent l’ensemble des acteurs du secteur à s’adapter. Beaucoup de ces innovations s’inscrivent dans le contexte de la numérisation de la société, un phénomène qui ne cesse de s’accélérer et de grandir depuis la sortie de l’Iphone en 2007. Une révolution qui a changé notre manière de consommer et de communiquer. L’appareil noir en bakélite qui a meublé l’enfance de certains d’entre nous est devenu une pièce de collection et a laissé la place à des ordinateurs de poche qui sont régulièrement mis à jour.

 

Tous les secteurs sont-ils concernés?

Oui, sans exception. Certains sont plus médiatisés, comme les secteurs des FinTech avec les bitcoins qui remplacent les billets par de la monnaie numérique; le crowdfunding, qui élimine les intermédiaires dans le financement d’un projet ou encore l’horlogerie avec les montres connectées. Même le marché du travail subit une profonde mutation: grâce aux outils de communication, chacun tend à devenir son propre entrepreneur. Le travail sera de plus en plus basé sur des contrats à la performance plutôt que sur des heures de présence.

 

Quel est l’impact sur le système économique?

Au niveau macro-économique, la somme d’activités commerciales est en augmentation. Comme nous consommons de plus en plus de services, beaucoup d’opportunités sont créées pour des entreprises existantes ou nouvelles. Par contre, certains acteurs existants vont s’adapter et d’autres, pas. Il y aura donc à terme des transformations qui vont jouer en faveur ou en défaveur de certaines entreprises. L’avantage sera à celui qui sait s’ajuster à temps. On voit ceci également sur le marché de la consommation. Celui qui maîtrise les achats sur Internet peut avoir une palette de choix plus large et comparer les prix.

 

Ce phénomène est-il nouveau?

La quête de l’amélioration existe depuis longtemps et est à la base de l’activité économique. Ce qui est surprenant aujourd’hui, c’est la rapidité à laquelle les événements se produisent et la profondeur des changements. Si, par exemple, dans l’automobile il a pu suffire pendant longtemps d’augmenter le rendement d’un moteur pour faire face à un concurrent, aujourd’hui, la question inclut aussi de savoir quelle sera la voiture de demain: y aura-t-il encore un pilote? Est-ce qu’elle sera louée ou achetée et qu’est-ce qui sera le plus important pour l’acheteur: le tableau de bord connecté, le moteur ou la consommation?

 

Une entreprise est-elle forcée à s’adapter?

C’est indispensable. Par exemple, dans les années nonante, l’entreprise Kodak avait investi des milliards pour se lancer dans le numérique. Mais, par peur de sacrifier son modèle d’affaires basé sur la vente de pellicules, elle n’a pas osé se lancer. Ceci a amené le groupe à déposer le bilan en 2012.

 

L’innovation de rupture est-il un thème abondamment traité en Suisse?
Non, c’est la raison pour laquelle nous allons faire appel d’une manière générale à des intervenants expérimentés de tout horizon, par exemple, Ankush Chopra, enseignant à Boston, qui a écrit Darkside of Innovation, un livre qui explique pourquoi les entreprises rencontrent des difficultés à innover. Nous finaliserons la liste des inter- venants en fonction des secteurs d’activité des participants.

 

Quel est l’objectif du cours?

Le cours a trois objectifs: le premier est de développer une capacité de réponse à une rupture en cours dans une industrie. Par exemple, comment répondre systématiquement à l’apparition de la montre connectée. Le deuxième objectif est d’utiliser les trends de rupture pour se créer ses propres opportunités. Par exemple, comment les grandes banques peuvent-elles utiliser la tendance FinTech pour créer de nouveaux secteurs de croissance? Le troisième objectif est d’envisager la rupture comme un phénomène permanent plutôt que sous la forme d’un projet ad hoc. Il faut traiter la guerre entre la montre connectée et la montre de luxe comme une bataille pour occuper le domaine convoité du poignet plutôt que comme un problème technologique uniquement: comment développer une stratégie qui maintient la dominance de la montre de luxe sur le poignet. Les participants utiliseront cette méthodologie pour développer leur propre rapport sur les ruptures qui concernent leur business.

 

Comment envisagez-vous l’économie du futur?

Les changements que nous vivons aujourd’hui nous mènent vers une économie de réseau qui va transformer de nombreuses structures. L’employé deviendra beaucoup plus entrepreneur, plus libre et devra évoluer dans un environnement multiculturel. Il y aura une recherche d’optimisation beaucoup plus intense dans tous les domaines. Les décisions se prendront dans des structures plus petites qui vont se faire et se défaire au gré des projets. Un monde plein d’opportunités à saisir pour qui pourra s’adapter. Un challenge pour beaucoup d’autres. Mais les structures actuelles ne disparaîtront pas du jour au lendemain.


facebook twitter linkedin

Commentaires

Il n'y a aucun commentaireAjouter un commentaire