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Quand le jeu vidéo rencontre le sport

posté le 05 juillet 2016 | Auteur: Thomas Pfefferlé. Photos: Vanina Moreillon | Voir l'article complet

Etablie à Lutry sur un terrain de 30000 m2 entièrement aménagé, l’équipe de Cobalt Project a créé un sport à part entière. Mêlant jeu vidéo, paintball et stratégie, la discipline immerge les joueurs dans un univers où tactique, réflexion et esprit d’équipe ont une importance capitale.

Adrien de Meyer, directeur de Project Cobalt SA. © Vanina MoreillonAdrien de Meyer, directeur de Project Cobalt SA. © Vanina Moreillon

Sur les hauts de Lausanne, à Lutry, une guerre frappe une zone de la région depuis quatre ans. Sur une surface d’environ 30 000 m2, différentes équipes armées et équipées comme les membres d’un commando de forces spéciales s’affrontent. En se faufilant derrière des maisons abandonnées, en rampant dans un tunnel ou encore véhiculés à bord d’un buggy tout terrain, ces guerriers tentent d’occuper les différents districts du terrain pour actionner des bornes électroniques. Le tout en évitant les balles ennemies et en communiquant avec leurs coéquipiers par radio. Particularité du conflit: depuis 2012, année des premiers affrontements, on ne dénombre aucune victime. En effet, ces guerriers d’un nouveau genre sont en réalité des joueurs et les munitions utilisées, des billes souples remplies de gélatine alimentaire qui ne sont pas létales.


Jeu vidéo grandeur nature
Le jeu, baptisé Cobalt Project, attire entre 12000 à 15000 adeptes par année. Son cofondateur, Adrien de Meyer, ex-trader et promoteur de talents sportifs, l’élabore depuis 2007. «L’idée m’est venue alors que je fêtais mes trente ans à la montagne. Avec mes amis, nous cherchions quelque chose pour changer des fêtes habituelles et ils m’ont suggéré d’organiser une partie de paintball. Je me suis renseigné sur les différentes possibilités et j’ai vite été frappé par la pauvreté du concept. L’idée de ce jeu augmenté a alors germé petit à petit dans mon esprit.» L’équipe de Cobalt Project ne définit pas sa discipline comme du paintball. Le jeu va en effet bien au-delà de ce loisir, dont le but consiste à éliminer ses adversaires en leur tirant dessus. Le nouveau sport, dont le concept de Real Action Sport a été déposé et breveté par l’entreprise, mêle activité sportive, divertissement et stratégie collective.

Equipés d’une armure légère, d’un casque, d’une arme de paintball et d’une radio, les joueurs s’affrontent généralement en deux équipes de 20 personnes. Objectif: faire en sorte que tous les membres de son équipe actionnent des bornes électroniques réparties dans le terrain. Le tout, sans se faire éliminer par les adversaires en évitant de se faire tirer dessus. Pour les aider dans leur mission, un coordinateur – un membre du staff – observe la partie sur des écrans, grâce à des caméras placées dans la zone de jeu. A l’aide de sa radio, il transmet des infos stratégiques à son équipe. Avec cette configuration, l’arme devient secondaire, car le but n’est pas d’éliminer ses concurrents à tout prix et l’on peut remporter une partie sans canarder à tout va.

 

Chiffre d’affaires de 1,5 million

Si le concept a déjà séduit quelque 40000 joueurs dans la région lausannoise, Adrien de Meyer et son équipe ne comptent pas s’arrêter là. Actuellement, avec près de 15000 joueurs par an, le site de Lutry – dont la société est propriétaire – permet d’engendrer un chiffre d’affaires d’environ 1,5 million de francs, le prix d’une partie de deux heures étant de 105 francs par participant. «Notre but consiste à nous développer à l’international et à faire venir 50000 joueurs par an et par nouveau site, poursuit le cofondateur. La demande est là et le potentiel de croissance est énorme. Créer une nouvelle map et y développer la logistique nécessaire au déroulement du jeu implique un investissement avoisinant les quatre millions de francs. Et avec 50 000 joueurs par année, chaque terrain génère un chiffre d’affaires de cinq à six millions de francs.»

 

Un logiciel qui traite les données

A mi-chemin entre le jeu vidéo et le sport, Cobalt Project se base sur un logiciel spécialement conçu en collaboration avec l’entreprise Atracsys, établie à Puidoux (VD). Commercialisé dès cet été, le programme a pour but d’acquérir et traiter les données des parties en temps réel. Temps de jeu, actions menées, position des joueurs, données biométriques, mais aussi joueurs touchés: toutes ces infos seront enregistrées par la plateforme et fournies aux joueurs durant leur partie. En dehors du terrain, les membres de la communauté pourront échanger entre eux, observer les scores de leurs adversaires et organiser les prochains affrontements. «Le but de ce logiciel est également d’influencer le scénario du jeu en fonction du déroulement des parties, précise Adrien de Meyer. Selon les actions menées par les joueurs ou les scores des équipes, le programme pourra modifier l’environnement de jeu par l’intermédiaire de systèmes domotiques et actionner des portes ou encore donner accès à des véhicules, par exemple. Les possibilités de développement du jeu sont quasi illimitées.» Pour peaufiner ce logiciel et assurer la promotion de la nouvelle discipline, quatre personnes travaillent dans la maison-mère de l’entreprise, située sur le site de Lutry. Sur le terrain, quatre autres collaborateurs assurent la maintenance du lieu, l’entretien du matériel, l’accueil et le briefing des clients ainsi que le déroulement des parties.

 

Team building: les entreprises s’y mettent
Depuis peu, Cobalt Project élargit son offre et s’adresse aux entreprises pour leur proposer des sessions de jeu axées sur le team building. «Dans le jeu, où la communication, l’entraide et la réflexion jouent un rôle central, les traits de caractère de chacun et les alliances entre collègues ressortent. Pour une entreprise, cela permet d’observer et d’améliorer sa collaboration à l’interne. La demande dans ce segment est forte et nous comptons développer davantage ce type d’offre», conclut Adrien de Meyer. 


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