Recherche

«Les gens ont besoin de se distraire»

posté le 07 août 2016 | Auteur: Vincent michoud

A l’occasion de la 98e tournée du Cirque Knie, son directeur, Fredy Knie, nous ouvre les portes du Cirque National Suisse. Une entreprise qui a su perpétuer la magie du spectacle... sans subvention.

Sous les feux des projecteurs depuis presque septante ans, Fredy Knie transmet petit à petit les rênes du Cirque National Suisse à la prochaine génération. Il peut compter sur sa fille Géraldine et ses petits enfants Ivan et Chanel pour perpétuer la dynastie fondée en 1803 et faire évoluer l’entreprise de droit privé qui emploie quelque 350 personnes avec le Zoo de Rapperswil. Rencontre avec un homme de spectacle passionné et un chef d’entreprise très sollicité, à l’occasion de son passage à Lausanne.

Aujourd’hui, vous donnez une représentation destinée spécialement aux oeuvres sociales et caritatives. Pourquoi?

Nous invitons gratuitement 25 000 personnes chaque année dans les grandes villes comme Lausanne, Genève, Bâle ou Zurich. Cela fait partie de la philosophie du cirque. Regardez tous ces gens qui arrivent, il y en a environ 80 qui viennent en chaise roulante cet après-midi. Ce sont des personnes qui étaient auparavant en bonne santé et qui pouvaient s’offrir un billet. Pourquoi ne pas leur rendre ce service au moment où ils en ont le plus besoin? Ils ont ainsi l’occasion de rêver pendant deux heures et d’oublier peut-être leurs problèmes.

Louez-vous également le chapiteau pour des événements privés?

Oui, par exemple, demain, la représentation est vendue à une clinique privée. Il faut compter quelque 110 000 francs pour un événement, sans l’apéritif ou le catering. Nous avons également des entreprises qui ont coutume de faire leur assemblée générale dans le cirque, après le spectacle. Elles enregistrent souvent deux fois plus de participants à cette occasion.

En tant qu’entreprise de divertissement, recevez-vous des subventions?

Nous sommes une entreprise familiale de droit privé. Nous ne recevons donc aucune aide. Au contraire, on paie cher les emplacements, l’électricité et l’eau tout au long de la tournée. Peut-être que, contrairement à l’opéra qui est soutenu, nous ne sommes pas assez culturels! Même pour le Zoo de Rapperswil à Saint-Gall, nous devons nous débrouiller tout seuls.

Vous êtes pourtant le Cirque National Suisse?

C’est ma famille qui a fait inscrire ce nom au Registre du commerce, en 1934. Cela ne serait plus possible aujourd’hui, mais on ne peut pas pour autant nous enlever ce nom. D’un côté, c’est un plus, car le public a l’impression d’aller au cirque suisse, mais d’un autre côté, nous ne recevons aucune subvention. C’est paradoxal.

Quelle saveur a la 98e tournée du Cirque Knie?

Le programme est chaque année différent et spécial. Nous privilégions les artistes d’excellence et pour la deuxième année consécutive le clown italien David Larible rencontre un énorme succès. Il a la particularité de plaire aux enfants comme aux adultes.

Vous visez donc un large public?

Le cirque s’adresse aux personnes de 4 à 80 ans. Il y a des riches, des pauvres, des vieux, des jeunes: ce n’est pas comme à l’opéra ou au théâtre, où le public se compose souvent d’initiés. Ici, c’est pour tout le monde.

Du coup, le cirque ne connaît pas la crise?

Tout le monde subit la crise, mais ce n’est pas la catastrophe dans notre métier. Si les gens réfléchissent un peu plus avant de dépenser, ils ont également besoin de se distraire. Un spectacle reste financièrement accessible pour la majorité. Nous proposons des places entre 20 et 80 francs et les prix ne vont pas augmenter.

Le cirque s’arrête dans 41 places différentes en Suisse. Comment organisez-vous les déplacements et la main-d’oeuvre?

Quelque 220 collaborateurs, représentant seize nations différentes, participent à la tournée. Parmi eux, une centaine de personnes s’occupent de la mise en place du chapiteau et des écuries qui dure environ cinq heures. Afin d’éviter tout problème, ils ont pour consigne de ne pas parler de politique ni de religion. Nous avons la chance d’avoir un personnel fidèle qui revient chaque année de mars à novembre. Ce sont des lignées de familles qui sont historiquement liées au cirque, principalement chez les Polonais et les Marocains.

Il n’y a plus d’éléphants ni de fauves dans le spectacle. Comment vivez-vous ces changements?

Ce n’est pas parce qu’on est un cirque traditionnel qu’on doit faire comme il y a cinquante ans: le cirque a toujours dû évoluer. Par exemple, l’éléphant asiatique est en voie de disparition et on ne peut plus l’importer en Europe. Nous avons donc décidé d’arrêter de les emmener en tournée et de conduire un programme d’élevage dans notre Zoo de Rapperswil. Nous n’avons également plus de fauves depuis 2004. Ce n’est pas parce que c’est défendu, mais parce que 85% des places qui nous accueillent sont trop petites. Nous n’avons donc pas la possibilité d’installer des enclos réglementaires partout. Il reste toujours les chevaux, les poneys, les zèbres, les chameaux et les lamas et le spectacle est toujours de qualité. La preuve, le public est au rendez-vous.

Comment se déroule la journée d’un directeur de cirque en tournée?

Je commence en général à 8 h avec l’entraînement des chevaux. C’est le meilleur moment de la journée, nous préparons en famille – avec ma fille Géraldine et mes deux petits-enfants Ivan et Chanel – les nouveaux numéros pour l’année prochaine. Ensuite, les différentes représentations du spectacle s’enchaînent l’après-midi, le soir: des moments où je passe plus de temps au bureau. J’ai la chance de ne pas avoir de boîte e-mails et de pouvoir compter sur mes collaborateurs pour me transmettre les informations pertinentes.

Vous venez de fêter vos 70 ans. Comment envisagez-vous l’avenir du Cirque Knie?

Le cirque va continuer à évoluer, comme il a changé depuis l’époque de mon père. Je suis en train de passer la main à la nouvelle génération. Les membres de ma famille gèrent déjà énormément de choses, par exemple, c’est ma fille et son mari Maycol Errani qui s’occupent des spectacles. Ils savent qu’ils pourront toujours compter sur moi en cas de questions ou de problèmes.

Fredy Knie Jr.: une vie consacrée au spectacle

1946
Naissance de Fredy Jr., représentant de la sixième génération.

1972
Mariage avec Mary-José Galland. Naissance, un an plus tard, de Géraldine Katharina.

1992
Les deux cousins, Fredy Knie Jr., directeur artistique et Franco, directeur technique, reprennent les rênes du cirque.

1996
Fredy Jr. reçoit la prestigieuse récompense du Clown d’or.

2014
Sortie de son livre Ma vie, mes chevaux.


facebook twitter linkedin

Commentaires

Il n'y a aucun commentaireAjouter un commentaire